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Les classes moyennes en sociologie

En sociologie, les classes moyennes désignent les groupes situés entre les classes populaires (ouvriers, employés peu qualifiés) et les classes supérieures : surtout les professions intermédiaires, qui représentent 25,4 % des personnes en emploi en France en 2025 selon l’Insee, auxquelles s’ajoutent une partie des employés qualifiés, des cadres, des artisans et des commerçants. La définition des classes moyennes en sociologie repose sur la profession, le diplôme et le mode de vie plus que sur le seul revenu.

Mis à jour le · Rédaction moyenne.org · Nos sources

L’essentiel

Professions intermédiaires, part de l’emploi (2025)
25,4 %
Cadres et professions intellectuelles supérieures
23,8 %
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise
6,8 %
Classes moyennes selon le revenu (Observatoire des inégalités)
50 % de la population

Sources : Insee, enquête Emploi 2025 (publication du 25 mars 2026) ; Observatoire des inégalités, données 2024.

Comment les sociologues définissent-ils les classes moyennes ?

Il n’existe pas de définition unique. Trois approches coexistent, qui ne délimitent pas les mêmes personnes :

  • Par la position professionnelle : c’est l’approche dominante en sociologie française. Les classes moyennes regroupent les professions intermédiaires (techniciens, infirmiers, enseignants du primaire, agents de maîtrise, professions administratives et commerciales des entreprises), souvent une partie des employés qualifiés et des cadres, et les indépendants modestes.
  • Par le revenu : les économistes retiennent une tranche de la distribution des niveaux de vie. L’Observatoire des inégalités place dans les classes moyennes les 50 % de la population situés entre le 30e et le 80e centile ; l’OCDE retient les ménages dont le niveau de vie est compris entre 75 % et 200 % du niveau de vie médian. Les seuils chiffrés sont détaillés sur la page classe moyenne.
  • Par le sentiment d’appartenance : une large partie des Français se déclarent « de classe moyenne » dans les enquêtes, bien au-delà des catégories objectives, y compris des ménages modestes ou aisés.

Les sociologues distinguent aussi les anciennes classes moyennes (artisans, commerçants, petits agriculteurs, travaillant à leur compte) et les nouvelles classes moyennes salariées (techniciens, employés qualifiés, professions de la santé, de l’enseignement et du social), qui se sont développées au XXe siècle avec l’État-providence et les grandes entreprises.

Le poids des classes moyennes dans l’emploi en France

La nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) de l’Insee ne contient pas de catégorie « classes moyennes ». Le groupe qui s’en approche le plus est celui des professions intermédiaires, le plus nombreux des six groupes en 2025.

Personnes en emploi selon la catégorie socioprofessionnelle, France, 2025 (en %)
CatégorieFemmesHommesEnsemble
Agriculteurs exploitants0,71,81,3
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise4,88,76,8
Cadres et professions intellectuelles supérieures21,126,423,8
Professions intermédiaires28,122,925,4
Employés37,511,724,3
Ouvriers6,927,617,5

Champ : personnes en emploi vivant en logement ordinaire ; 0,9 % de catégories non déterminées. Source : Insee, enquête Emploi 2025.

Les professions intermédiaires sont plus féminisées (28,1 % des femmes en emploi contre 22,9 % des hommes), en raison du poids de la santé, du travail social et de l’enseignement. Selon la définition retenue, les classes moyennes représentent donc d’un quart à la moitié des actifs occupés.

Des Trente Glorieuses à la « moyennisation »

Au XIXe siècle, Karl Marx annonçait la disparition progressive de la « petite bourgeoisie » des boutiquiers et artisans, prise en étau entre bourgeoisie et prolétariat. Le XXe siècle a démenti ce pronostic : les anciennes classes moyennes ont reculé, mais les salariés intermédiaires se sont multipliés. Aux États-Unis, C. Wright Mills en fait le portrait dès 1951 dans White Collar: The American Middle Classes.

En France, l’essor de l’enseignement, de la santé, de l’administration et des services pendant les Trente Glorieuses gonfle les rangs des techniciens, enseignants, infirmiers et employés qualifiés. Le sociologue Henri Mendras décrit dans La Seconde Révolution française, 1965-1984 (1988) une vaste « constellation centrale » aux modes de vie proches, signe d’une moyennisation de la société. Valéry Giscard d’Estaing reprend l’idée en politique avec le « groupe central » de Démocratie française (1976), puis le titre Deux Français sur trois (1984).

Le débat sur le déclassement des classes moyennes

Depuis les années 2000, la thèse d’un déclin des classes moyennes s’oppose à celle de leur stabilité :

  • Louis Chauvel, dans Les Classes moyennes à la dérive (Seuil, 2006), souligne le ralentissement de la progression des salaires, la difficulté des jeunes diplômés à retrouver la position de leurs parents et le coût croissant du logement.
  • Dominique Goux et Éric Maurin, dans Les Nouvelles Classes moyennes (Seuil, 2012), s’appuient sur les enquêtes Emploi de l’Insee depuis 1982 et jugent que le déclassement massif relève largement de la peur plus que des faits : la position des classes moyennes est restée relativement stable, mais elles investissent fortement dans l’école et le choix du quartier pour la préserver.
  • L’OCDE, dans Under Pressure: The Squeezed Middle Class (2019), décrit des classes moyennes « sous pression » dans les pays riches : coût du logement et des études plus élevé, insécurité de l’emploi.

Le débat porte donc moins sur la taille des classes moyennes que sur leurs perspectives et sur l’écart entre leur situation objective et leur ressenti. Le cinéma s’en empare aussi, par exemple avec la satire sociale Classe moyenne d’Antony Cordier (2025), dont la durée d’1 h 35 est dans la moyenne.

Culture, diplôme et mode de vie

Dans La Distinction (1979), Pierre Bourdieu décrit la « bonne volonté culturelle » de la petite bourgeoisie : un fort investissement dans l’école, la lecture et les pratiques culturelles légitimes, comme moyen d’ascension sociale. Les enquêtes récentes confirment le lien entre position sociale et pratiques culturelles : en 2025, 65 % des Français de catégories socioprofessionnelles supérieures ont lu au moins cinq livres dans l’année, contre 53 % des catégories modestes, selon le baromètre du Centre national du livre (voir le nombre de livres lus par an).

Le capital culturel se mesure aussi par la maîtrise de la langue, que reflètent le vocabulaire moyen et la vitesse de lecture, deux compétences très liées au parcours scolaire. Les métiers de bureau, cœur des nouvelles classes moyennes salariées, ont aussi fait de la dactylographie une compétence de base (voir la vitesse moyenne de frappe).

Questions fréquentes

Quelle différence entre classe moyenne et professions intermédiaires ?

Les professions intermédiaires sont une catégorie statistique de l’Insee (25,4 % des emplois en 2025). Les classes moyennes sont une notion sociologique plus large, qui peut inclure des employés qualifiés, des cadres, des artisans et des commerçants.

Qui a inventé l’expression « classes moyennes » ?

L’expression est employée dès le XIXe siècle, notamment par François Guizot, pour désigner la bourgeoisie montante entre l’aristocratie et le peuple. Son sens s’est déplacé au XXe siècle vers les salariés intermédiaires.

Les classes moyennes sont-elles en déclin ?

Leur poids dans l’emploi n’a pas diminué en France ; les débats portent sur le ralentissement de leur niveau de vie, le coût du logement et le sentiment de déclassement, que les sociologues évaluent différemment.

Qu’est-ce que la classe moyenne supérieure ?

La fraction la plus aisée des classes moyennes, proche des cadres par le revenu et le diplôme. Voir classe moyenne supérieure.

Sources

  1. Insee, « Catégorie socioprofessionnelle selon le sexe et l’âge – Données annuelles 2025 », enquête Emploi, publication du 25 mars 2026. insee.fr
  2. Observatoire des inégalités, « Pauvres, moyens et riches : les revenus par type de ménage », 2026 (données 2024). inegalites.fr
  3. Henri Mendras, La Seconde Révolution française, 1965-1984, Gallimard, 1988.
  4. Louis Chauvel, Les Classes moyennes à la dérive, Seuil, coll. « La République des idées », 2006.
  5. Dominique Goux et Éric Maurin, Les Nouvelles Classes moyennes, Seuil, coll. « La République des idées », 2012.
  6. Serge Bosc, Sociologie des classes moyennes, La Découverte, coll. « Repères », 2008.
  7. OCDE, Under Pressure: The Squeezed Middle Class, 2019.
  8. Pierre Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, Minuit, 1979.
  9. Centre national du livre et Ipsos, « Baromètre Les Français et la lecture – Résultats 2025 », 2025.